“Paradisiaca. Un Lac-Opéra”, éds. mf, 24 mars 2026.
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Paradisiaca. Un Lac-Opéra est un livre sur la région du Lac de Constance (Bodensee), troisième Lac d’Europe situé à la frontière de l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse. Écrit sur cinq ans (2019−2024) avec de multiples séjours sur place, le livre propose une exploration du Lac qui est un haut-lieu d’eau et de lumière à réserves naturelles éblouissantes abritant des microcosmes écologiques importants. La région était un lieu intellectuel, artistique et spirituel de première importance au moyen-âge et pendant le baroque. Aujourd’hui, le Lac est une prouesse de restauration écologique et artistique, qui respire le calme et la beauté. Un bout de paradis qui nous reste sur terre.
Ces dernières années, j’ai ressenti un fort besoin de dézoomer de notre réalité horizontale dominée par les écrans, et de questionner notre séjour sur terre depuis un point de vue large. Peu connu, le Lac de Constance a eu un tel impact sur moi qu’il m’est apparu comme un espace exemplaire de la reconstruction du vivre. Un lieu où l’humain puisse à nouveau réintégrer le cosmos local et global, refaire communauté avec ce que nous avons en commun, la terre comme système écologique, dont la spécificité ne doit pas être envisagée seulement ‘en soi’, mais aussi comme fraction du cosmos régie par des lois cosmiques.
Paradisiaca. Un Lac-Opéra est en premier lieu un livre de la résistance écrit contre la morosité ambiante. Cette résistance ne s’exprime pas à travers un discours activiste ou un discours-contre, mais à travers la conviction à la fois écologique, philosophique et poétique que notre vie future, si elle veut être harmonieuse (ce qui correspond au sens même du mot ‘kosmos’), doit renouer avec les lois de la terre, de l’eau et de l’air.
Le récit est porté par une quarantaine de voix qui font vivre la région dans sa spécificité et sa multiplicité. J’ai souhaité déployer une divergence de perspectives incarnées et polyphoniques sur le Lac. Le texte est un hybride ― à la fois journal, récit de voyage, récit d’un amour pour la terre et pour un homme, mais aussi un théâtre de marionnettes (spécifique de la région de Constance). Il est décliné sous forme de poèmes qui sont autant de chants. Le commun consiste en ces voix qui se lèvent ensemble, s’écoutent, résonnent, se répondent, s’épient, se heurtent, se disputent : c’est toute une région qui lève la voix et chante. Et chaque voix particulière a la même valeur, et la même existence juridique.
L’écriture de Paradisiaca. Un Lac-Opéra a également été le terrain d’un travail sur l’étrangeté de la réalité dans laquelle nous sommes pris.e.s. Le livre tente d’exprimer à quel point nous sommes décalé.e.s, disloqué.e.s et perdu.e.s face aux nombreuses réalités insolites qui nous traversent. Mais alors que la littérature du weird se déroule le plus souvent dans des contextes dystopiques ou apocalyptiques, j’ai voulu exprimer dans ce livre à quel point l’expérience basique de la réalité est fondamentalement étrange. Et il me semble que c’est une expérience que nous partageons, avec laquelle nous devons apprendre à composer, en nous écoutant, et en avançant dans la conscience commune de notre propre étrangeté, celle des autres et de tout ce qui existe.