Livres

1 juin sur avril

2 Quarantaine  

3 Västerås

4 gouttes ! lacets, pieds presque proliférants sous soleil de poche Vol. I

5 gouttes ! lacets, pieds presque proliférants sous soleil de poche Vol. II

6 troubles

 


 

Elke de Rijcke, juin sur avril / juni over april, ch 1, eds. bibliophile bilingue (fr/néerl.), druksel Gand, 2017, 48 p.

 

 

_______________________________________

 

Elke de Rijcke, Quarantaine, Tarabuste, 2014, 85 p.
ISBN 978-2-84587-296-7

 

DSC01168

paysage

Quarantaine est un volume de poésie qui donne une perspective sur la quarantaine. Ce volume se situe dans la prolongation de Västerås (Le Cormier, 2012). Or, alors que Västerås dressait le bilan des abîmes plats d’une désémancipation généralisée, par le biais de Tarkovski et de Reverdy, Quarantaine focalise sur les questions de l’amitié et de l’amour. Le livre se tisse autour de deux chapitres, Du Pays Noyé de Saeftinghe – Journal d’une amitié (2005) et Tribunal Miniature. Épée – Journal d’un amour rance (2004-2007). Du Pays Noyé de Saeftinghe suit les méandres d’une amitié artistique qui éclot lors d’un voyage à Saeftinghe, réserve naturelle saumâtre à la frontière de la Belgique et des Pays-Bas. Tribunal Miniature est le récit d’un amour impossible, où le dévouement et le sacrifice d’une femme sont impuissants face à la manipulation et l’avidité de son amant.

Les deux textes sont avant tout des tentatives de prise de parole dans des états émotionnels puissants. La mise-en-langue et la mise-en-image sont informées par les traces des spectacles de Romeo Castellucci, à qui le livre est dédié. La parole se veut performative, percutante et explicite, mais aussi sensorielle et sensuelle, selon les enseignements de Marina Tsvétaïéva, Kafka et Kees Ouwens.

Tout comme Västerås, Quarantaine approfondit les possibilités du journal poétique. Le livre s’est voulu une recherche sur la forme, le ton et le contenu du récit poétique, sur la position biface du je, à la fois immergée et observatrice clinique des événements.

Quarantaine clôture une suite de volumes poétiques qui creusent la question du désir dans ses multiples aspects, commencée avec troubles. 120 précisions. expériences (Tarabuste, 2005), et poursuivie avec gouttes ! lacets, pieds presque proliférants sous soleil de poche (2 volumes, Le Cormier, 2005) et Västerås (Le Cormier, 2012).

EXTRAITS Quarantaine


 

Elke de Rijcke, Västerås. DARK PASSAGE. Journal d’une désemancipation, Bruxelles, Le Cormier, 2012, 85 p.

DSC01166 DSC01167A la fois portrait et récit, ce livre est tout d’abord le journal poétique d’un séjour à Västerås, ville proche de Stockholm. L’auteur s’y est rendue en 2006 pour s’imprégner des paysages du Sacrifice, le dernier film d’Andreï Tarkovsky. Västerås est l’espace-temps non maîtrisable où s’esquisse, au fil des heures, la rencontre insaisissable avec la voix et le corps du cinéaste éparpillé à travers les champs, rivé aux lacs, résolu dans les nuages. A la façon d’un séismographe, l’écriture enregistre le champ magnétique de cette expérience qui transforme, dès l’arrivée sur place, les capacités de la perception sensorielle et du savoir. Or, Västerås est aussi le temps d’un bilan de la quarantaine, qui considère le fruit de 20 ans de vie d’adulte. Fruit aux goûts suspects d’une émancipation devenue impraticable par un temps de mauvaise conjoncture. L’auteur y évalue le tracé, l’état et la valeur des éléments qui ont déterminé sa vie : la poésie, l’amour, le travail, les amitiés, la féminité. Västerås est le livre-extraction d’un âge qui plonge dans la durée tout comme dans l’instantané d’une vie, à travers l’aventure du journal et de la phrase poétique.

EXTRAITS Västerås


 

Elke de Rijcke, gouttes ! lacets, pieds presque proliférants sous soleil de poche, Bruxelles, Le Cormier, 2005, volume I, 67 p.

Elke de Rijcke, gouttes ! lacets, pieds presque proliférants sous soleil de poche
Bruxelles, Le Cormier, 2005, volume II, 105 p.

DSC01165

DSC01154

 

 

 

 

 

DSC01155

DSC01153

DSC01156

 

Tout comme troubles (2005),  gouttes ! pieds presque proliférants   sous soleil de poche   ( I + II) part de la matière de mon vécu.  Le double livre prend son départ à la fin de ma grossesse et continue sur les premières années de ma maternité. Si le livre s’enracine dans les réalités de cette période, la matière livrée par la vie devient à son tour objet d’observations et de questionnements, elle décolle de la réalité par l’imaginaire que celle-ci a généré, tout en ne lâchant pas l’os de l’expérience. Un des défis a été d’être extrêmement précise quant à chaque expérience, qu’elle soit émotion, sensation, pensée, imagination, souhait, prise de position.

La problématique tourne autour de deux expériences hautement paradoxales, celle du nouveau-né et très jeune enfant, puis celle d’un deuil. Cette double expérience très intense amène en masse des souvenirs, questionne les valeurs, implique l’entourage, pour s’étendre ensuite aux environs proches et lointains, engager des objets, inclure les arbres, l’herbe, embrasser la terre, les animaux, le ciel. Le corps, l’âme et l’esprit sont saisis dans leur déplacement permanent, dans leur réorientation respective, leur lutte et leur nécessité de survie, poussés par la volonté de transformer une identité qui glisse vers une autre phase de la vie.

Formellement, le livre se développe comme 6 songes poétiques à partir de quelques vers du poète italien Andrea Zanzotto. Les songes oscillent entre réalité et rêve, prolongent les tons, couleurs, rythmes, formes et caractères de Zanzotto, mais s’inspirent aussi de certains aspects de Marina Tsvétaïeva. gouttes ! se questionne constammant sur la délicatesse et de l’honnêteté du ton, sur la création d’un nouveau sublime contemporain par le ton poétique. Le livre tente de relever ce défi dans des poèmes dynamiques et fort architecturés, tantôt courts, tantôt longs. Poèmes comme autant de descriptions de moments où tout converge, se décide, peut basculer, développés comme une vision caléïdoscopique. L’écriture, au plus près de l’expérience, agit comme un instrument d’opération, une sorte de greffe des vécus, mais aussi comme moyen de connaissance pour s’ériger en un véritable mode performatif d’intervention.

EXTRAITS vol 1

EXTRAITS vol 2


 

Elke de Rijcke, troubles. 120 précisions. expériences, Éditions Tarabuste, Coll. DOUTE BAT, 2005, 158p.                                                                               ISBN : 2-84587-099-x

DSC01157 DSC01159 DSC01161

 

troubles. 120 exorcisations. expériences est un livre où s’articulent minutieusement plusieurs types d’expériences, vécues en un intervalle de trois mois, dans une période des plus troubles de mon existence, correspondant, tel que je le comprends rétrospectivement, à une émancipation émotionnelle forcée et imposée.

Rythmé à la façon d’un journal de bord (sans lieux ni dates, mais en conservant un certain caractère documentaire), concentré moins sur les faits de l’époque que sur les expériences induites par les faits, troubles donne voix et forme aux expériences intimes d’une femme  ̶ expériences amoureuses et érotiques, corporelles et mentales, étranges et opaques mais tout aussi bien limpides qui, par un concours de circonstances, ont émergé en moi et ont plongé profondément dans l’âme.

Le poème, tel un sismographe, se fait l’instrument d’exploration et de compréhension des expériences, accompagnées de sensations profondes, vécues le plus souvent de façon hyperconsciente, puis prolongées dans le corps et dans l’imaginaire quelque fantastique. Or, l’imaginaire formulé ici reste toujours proche et fidèle à l’expérience qui l’a généré. troubles est le récit de poèmes documentaires, dans la mesure où, tel que je l’indique tout au début du livre, la force de la réalité a été pour moi plus puissante que celle de l’imaginaire.

Les poèmes se développent le plus souvent en série. Ils sont construits autour d’un noyau spécifique (ex. le ton) et d’une expérience particulière qui a accompagné ce noyau (ex. expériences visuelles et tactiles). Cette construction résulte en une table des matières très organisée, aussi bien sur le plan de la forme, se développant selon des variantes dictées par l’expérience poétique, que sur celui des contenus, pensés et formulés autour d’un élément commun qui les hante tous. Telle construction vise non seulement à souder les expériences qui, bien que proches les unes des autres, sont de caractère différent, mais aussi à alimenter le réseau dans lequel elles apparaissent, par un effet de contamination réciproque. 

Chaque poème cherche à dire son expérience, voire à la traquer, en transformant l’espace du texte en une scène de théâtre où l’expérience est formellement ‘exorcisée’. Cette exorcisation se fait par une certaine mise en scène de la voix, par le rythme, par les incisions qui mettent en valeur le caractère paradoxal de l’expérience et surtout l’approche hésitante que j’en ai, par un système de rimes et de correspondances très travaillé, puis par l’insertion de photos, qui renvoient à la génèse de certains textes, proches d’images provenant des arts plastiques. troubles est le voyage personnel des montées et descentes d’expériences fiévreuses qui m’ont habitée, et que je dirais tout aussi bien euphoriques, légères et agiles, qu’inquiétantes, révoltées et déréglantes.

EXTRAITS